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Espaces travail

Interview de Fabien ROLLAND de Université de Reims Champagne-Ardenne : Piloter l’environnement de travail dans une université en pleine transformation

Fabien, vous pilotez aujourd’hui le pôle Environnement de Travail et Services aux Occupants de l’URCA après plus de 17 ans passés dans la transformation immobilière de l’université : comment décririez-vous concrètement votre rôle dans une institution qui a engagé un...

28 avril 2026 5 min de lecture
Interview de Fabien ROLLAND de Université de Reims Champagne-Ardenne : Piloter l’environnement de travail dans une université en pleine transformation

Fabien, vous pilotez aujourd’hui le pôle Environnement de Travail et Services aux Occupants de l’URCA après plus de 17 ans passés dans la transformation immobilière de l’université : comment décririez-vous concrètement votre rôle dans une institution qui a engagé un programme de 88 M€ de modernisation de ses campus ?

Piloter le pôle Environnement de Travail dans une phase d’investissement de 78 M€, c’est avant tout assurer la cohérence entre la mutation structurelle des bâtiments et les besoins réels des usagers. Mon rôle est d'être le garant de la 'valeur d'usage' : le béton et la technologie n'ont de sens que s'ils facilitent le quotidien des chercheurs, des étudiants et des personnels. Avec 10 ans de recul sur le patrimoine de l'URCA, ma mission concrète consiste à traduire cette stratégie immobilière en services agiles et en espaces performants. Nous ne modernisons pas seulement des murs, nous bâtissons l'écosystème qui soutiendra l'université de demain, en intégrant dès aujourd'hui les enjeux de transition énergétique et d'expérience occupant.

À partir de votre expérience de Campus 3.0, quels ont été les principaux défis pour faire évoluer les espaces (bureaux, salles pédagogiques, lieux de vie) vers des environnements de travail réellement centrés sur les usages des étudiants, enseignants et personnels, et non seulement sur la technique ou la réglementation ?

Le principal défi du passage au Campus 3.0 a été le basculement d'une culture de 'gestionnaire d'actifs' vers une culture de 'fournisseur de services'. Historiquement, l'immobilier universitaire est piloté par la norme et le bâti. Notre défi a été d'introduire la co-conception avec les usagers (étudiants, enseignants). Transformer une salle pédagogique n'est pas une question de câblage, mais une question de fluidité : comment l'espace soutient-il l'hybridation des cours ? Nous avons dû passer d'une logique de 'livraison de bâtiment' à une logique de 'gestion de l'expérience', où la technique s'efface au profit de l'usage.

Le projet agro-sciences et bio-économie au Moulin de la Housse, le nouveau siège de la présidence ou encore la consolidation du campus santé illustrent des typologies d’espaces très différentes : comment arbitrez-vous entre contraintes scientifiques, exigences de qualité de vie au travail, performance énergétique et enveloppe budgétaire, au moment de concevoir ou réaménager ces lieux ?

L'arbitrage est un exercice de synthèse multicritère. Entre les contraintes ultra-spécifiques d'un laboratoire d'agro-sciences et les exigences de QVT d'un siège administratif, le fil conducteur reste la performance globale. Nous utilisons une approche par le 'coût global' : nous acceptons parfois un surcoût budgétaire immédiat si la performance énergétique ou la modularité de l'espace garantit une économie sur 10 ans. La qualité de vie au travail n'est plus une option 'confort', c'est un levier de rétention des talents et de performance académique.

Vous êtes membre de l’ARSEG, réseau très marqué par la culture du facility management du secteur privé : qu’est-ce que cette culture vous a permis d’importer dans une université publique comme l’URCA, et à l’inverse, qu’est-ce que le contexte universitaire vous oblige à adapter ou à réinventer dans les pratiques classiques d’environnement de travail ?

Le Master MIPI puis le réseau IDET (ex-ARSEG) m'ont apporté la culture du résultat et le pilotage par indicateurs (KPIs / SLA). Dans le privé, on ne gère pas des moyens, on garantit un niveau de service. J'ai importé cette notion de 'contrat de service' à l'université. À l'inverse, l'université m'oblige à réinventer la résilience : nos bâtiments ont des cycles de vie bien plus longs que dans le privé. Nous devons concilier l'agilité du tertiaire moderne avec la pérennité d'une institution publique qui traverse les décennies.

Sur un campus multi-sites comme l’URCA (Reims, Châlons, Charleville), comment pilote-t-on au quotidien une expérience d’« occupant » cohérente, alors que les réalités locales (bâtiments anciens vs neufs, usages pédagogiques, densité étudiante) sont très hétérogènes ? Pouvez-vous partager un exemple concret où vous avez dû concilier ces différences ?

Il y a aussi Troyes et Chamont. Piloter 5 sites hétérogènes demande une standardisation des services et une personnalisation de l'accueil. L'enjeu est de définir un 'socle commun de services' : que vous soyez à Reims ou à Charleville, la sureté, la propreté et le support doivent être identiques. Exemple concret : Lors du déploiement des nouveaux espaces de coworking, nous avons adapté le mobilier au bâti ancien de certains sites tout en garantissant les mêmes fonctionnalités technologiques qu'à Reims. L'homogénéité ne passe pas par l'architecture, mais par le niveau de service rendu.

Les transformations engagées dans le cadre du CPER 2015-2020 et de Campus 3.0 posent aussi la question du temps long universitaire face à l’évolution rapide des usages (hybridation des cours, coworking, tiers-lieux, sobriété énergétique…) : comment anticipez-vous, dans vos choix d’aménagement et de services, l’université de 2030-2035 pour éviter de livrer des bâtiments déjà obsolètes à leur inauguration ?

Pour éviter de livrer des bâtiments obsolètes, nous concevons des structures 'réversibles'. Un mur porteur est un frein à l'avenir. Nous privilégions les plateaux libres et les infrastructures techniques 'plug & play'. L'université de 2030 sera un lieu de flux plus qu'un lieu de stock. Nous anticipons la sobriété énergétique non pas comme une contrainte, mais comme une opportunité de repenser l'occupation des sols : moins de mètres carrés, mais des mètres carrés mieux utilisés, plus denses et plus intelligents.

Pour conclure, quel message ou conseil aimeriez-vous adresser aux responsables d’universités ou de grandes écoles qui s’apprêtent à lancer une transformation immobilière d’ampleur : par où commencer, et quelle erreur liée à l’environnement de travail devraient-ils absolument éviter de reproduire selon vous ?

Puisque vous me le permettez, mon conseil est simple : ne commencez pas par l'architecte, commencez par l'usager. L'erreur classique est de se focaliser sur le geste architectural ou la prouesse technique en oubliant la maintenance et la vie quotidienne du bâtiment. Une transformation immobilière réussie est celle qui intègre l'Environnement de Travail dès la phase de programmation. Mon message : le Facility Management n'est pas le dernier maillon de la chaîne, c'est le socle sur lequel repose la stratégie académique.

Pour en savoir plus : https://www.univ-reims.fr/